Les accessoires dans la pratique du yoga

J’ai commencé le yoga avec la pratique de l’ashtanaga. C’est une pratique exigente où les accessoires sont un peu mal vus : pas besoin d’aide dans la pratique, le corps est censé pouvoir tout faire tout seul.
Alors je suis entrée dans cette pratique sans savoir ce qu’étaient les accessoires, jusqu’à que je découvre le vinyasa, où leur utilisation est encouragée.
J’ai peu à peu découvert leurs bienfaits, jusqu’à construire aujourd’hui toute mes séances avec des options utilisant un accessoire.
Je te parle ici de l’intérêt que tu peux trouver dans leur utilisation durant ta pratique.

Le bloc est sans doute l’accessoire le plus connu et le plus polyvalent. En liège, en mousse ou en bois, il permet de rapprocher le sol du pratiquant lorsque celui-ci n’est pas encore accessible. Il permet également d’apporter plus de stabilité et de soutien dans de nombreuses postures.
Par exemple, dans une posture de flexion avant debout (uttanasana), poser les mains sur un bloc permet de conserver une longueur dans la colonne vertébrale sans tirer sur le bas du dos. Dans la posture du triangle (Utthita Trikonasana), un bloc placé sous la main du bas aide à trouver un meilleur équilibre et à explorer la posture sans compromettre l’alignement.

Le bloc peut également être utilisé pour soutenir certaines parties du corps dans des postures plus douces ou pour explorer différentes sensations en fonction de sa hauteur et de son orientation. Par exemple, une brique sous le front dans la posture du sphinx, ou une brique dans le dos pour la posture du poisson supporté. Placer une brique permet alors de se relâcher complètement sur l’accessoire et de libérer les tensions dans cette position.
Son principal intérêt est d’adapter la posture à son corps, plutôt que de forcer son corps à entrer dans une posture prédéfinie. Il est là car chaque morphologie est différente et la théorie est souvent bien différente de la pratique.

La sangle est particulièrement utile lorsque les mains ne peuvent pas encore se rejoindre naturellement dans certaines postures ou lorsque les mains ne peuvent pas attraper une partie du corps. Elle permet de faire le lien entre deux parties du corps, sans avoir besoin de tirer excessivement sur les muscles ou de compenser avec d’autres zones.
Dans la posture assise en flexion avant (paschimottanasana) par exemple, placer une sangle autour des piedes permet de guider doucement le buste vers les jambes tout en gardant les épaules détendues et le dos droit. Dans une posture où les mains se rejoignent derrière le dos, elle permet de travailler progressivement l’ouverture des épaules même si les mains ne se touchent pas.

La sangle peut aussi servir à aintenir une position avec plus de stabilité ou à accompagner certaines postures restauratives. C’est le cas par exemple dans la posture de la déesse du sommeil où on peut placer une sangle autour des jambes pour maintenir leur poids dans l’ouverture de hanche. Cela évite de trop tirer sur l’articulation de la hanche.

Parfois, réduire l’intensité d’un étirement grâce à la sangle permet de mieux respirer, de relâcher les tensions inutiles et de ressentir plus finement ce qui se passe dans le corps, le temps qu’il s’adapte à son rythme.

Une fois que vous avez découvert le bolster, il n’est plus possible de s’en passer !
C’est un coussin de la forme d’un traversin qui peut-être soit très ferme, soit légèrement mou. Il est précieux dans les pratiques telles que le yin yoga ou le restorative yoga.
Contrairement au bloc, qui apporte généralement un soutien plus ferme et localisé, le bolster permet de soutenir une plus grande partie du corps comme le dos, le torse ou les jambes. Il aide à trouver une position confortable dans laquelle les muscles peuvent progressivement se relâcher, sans avoir à fournir un effort constant pour maintenir la posture.

Dans la posture de l’enfant par exemple, on peut le placer sous le buste, afin de déposer le poids du corps et de rendre la position plus enveloppante. En position allongée sur le dos, placé sous les genoux, il peut soulager le bas du dos.
Il peut également être utilisé par les femmes enceinte qui ne supportent plus la position allongée du savasana et préfèrent se mettre sur le côté, avec un coussin devant elles.

Le bolster joue ainsi un rôle essentiel dans les pratiques où l’objectif n’est pas de renforcer ou d’étirer intensément, mais de ralentir, de respirer et de laisser le corps trouver un état de détente progressif.

Le pad est un petit coussin rembourré que l’on place sous les zones du corps qui nécessitent davantage de confort, notamment les genoux, les poignets ou les coudes. Il est particulièrement utile dans les postures où le poids du corps repose sur les articulations, comme la posture de la table où on a du poids sur les poignets, anjaneyasana ou on a un genou au sol ou encore la posture du dauphin où les coudes sont en appui contre le tapis.

En apportant un amorti supplémentaire, il permet de limiter l’inconfort lié à un sol trop dur, un tapis trop fin ou une articulation sensible.

Le pad est une aide pour prendre soin de notre corps. Dans l’une de mes formations de pilates, je me souviens de ma formatrice qui nous a dit « mettez toujours un pad sous vos genoux, même si vous n’avez pas mal car nous passons une vingtaine d’heures par semaines sur nos genoux, alors prenons soin d’eux ». Depuis, je place régulièrement un pad sous mon genou dans les postures de fente.

Prendre soin de son corps fait pleinement partie de la pratique du yoga. Il ne s’agit pas de supporter l’inconfort à tout prix, mais de trouver les conditions qui permettent de bouger avec plus de confort et de conscience.

Il existe une idée reçue selon laquelle utiliser des accessoires serait le signe d’un niveau insuffisant en yoga. Il m’est arrivé de faire face à des élèves qui refusaient l’utilisation d’un accessoire car « je ne suis plus une débutante » ou « je n’en ai pas besoin ça fait plus de 10 ans que je pratique ». Pourtant ça n’a rien avoir. Les accessoires peuvent permettre d’explorer une variation, d’aller chercher un objectif précis, de soulager le corps un jour où il est plus tendu ou fatigué, ou d’affiner un alignement (même pour un avancé qui aurait pris une mauvaise habitude de postures).

Un bloc peut rendre une posture plus stable. Une sangle peut permettre d’explorer une amplitude avec davantage de contrôle. Un bolster peut transformer une posture ordinaire en une expérience de détente profonde.
Les accessoires ne rendent donc pas nécessairement une posture plus facile, ils la rendent différente. L’utilisation d’un accessoire peut même rendre une posture plus exigeante. Pratiquer la posture du dauphin avec une sangle autour des bras est plus challengeant que de laisser les bras libres car la sangle force la rotation externe de l’épaule, ce qui demande de recruter ses muscles différemment.

Il est également important de se rappeler qu’une posture n’a pas besoin de ressembler parfaitement à une photographie pour être bénéfique. Et bien souvent les postures de yoga photographiée sont sans accessoires. Le yoga est une pratique individuelle, dans laquelle les sensations, la respiration et le respect de ses limites ont autant d’importance que la forme extérieure.

Le yoga nous invite à mieux nous connaître, à observer nos sensations et à respecter nos limites. Les accessoires s’inscrivent pleinement dans cette démarche. Ils nous rappellent que progresser ne signifie pas nécessairement aller plus loin, tenir plus longtemps ou réaliser des postures plus impressionnantes. Cela peut aussi vouloir dire respirer plus librement, trouver davantage de stabilité, relâcher une tension inutile ou apprendre à faire moins aujourd’hui car c’est ce dont le corps a besoin.

Tous ces accessoires ne sont pas des béquilles dont il faudrait un jour se débarrasser. Ce sont des outils qui permettent de faire évoluer sa pratique en fonction de ses besoins, de son énergie et de ses envies.

Et si lors de ta prochaine séance, tu essayais d’utiliser un accessoire, non pas parce que tu en as besoin, mais simplement pour découvrir ce qu’il peut t’apporter ?
Tu pourrais être surpris-e de constater qu’un simple bloc ou un coussin bien placé peut transformer ta manière de vivre une posture.
Car l’objectif du yoga n’est pas de forcer le corps à atteindre une forme idéale, mais de créer les conditions nécessaires pour habiter pleinement chaque posture, avec conscience, présence et bienveillance.